Nico Premier le démolisseur
Nico Ier le Démolisseur à Merlin, 9 novembre 1989
Etait il écrit que l'Empire fût le royaume du mensonge?
Poléon le troisième,lorsqu'il fonda son Empire ,n'avait il pas déclaré: « Certains vous diront que l'Empire c'est la guerre et moi je vous dis que l'Empire c'est la paix ». A la suite de quoi il engagea un nombre incalculable d'expéditions contre des pays lointains qui ne lui demandaient rien et dont beaucoup s'achevèrent en désastres. Il se lança aussi durant les vingt années de son règne dans trois guerres sur le continent. La dernière comme on le sait lui fut fatale et s'acheva par cette remarquable parole du Général Ducrot à Sedan : « Nous sommes dans un pot de chambre et nous y serons emmerdés ».
Son lointain descendant, Sa Majesté Nicolas Talonnettes premier ne lui cédait en rien quant à ce qui était d'emmerder son peuple, et ne faisait que s'ingénier à rehausser les bords du pot. Mais pour le mensonge, il dépassait et de loin tout ce qu'avait pu dire son illustre ancêtre.
Ainsi avait il promis que son empire serait pur, irréprochable et exemplaire, avant que d'aller impudemment s'étaler sur un yacht de milliardaire, de faire venir auprès de lui une bande de chevaux de retour, d'établir sa cour, de fréquenter les fortunés, de favoriser les uns au détriment du plus grand nombre.
N'avait il pas dit que celui qui travaillerait plus gagnerait plus, avant que de conduire par ses lois à la perte de l'emploi et au départ des manufactures vers d'autres contrées, de sorte que non seulement il était presque impossible de travailler plus, mais que ceux qui y parvenaient le faisaient au détriment de ceux qui n'arrivaient plus à trouver d'emploi.
N'avait il pas juré ses grands dieux que seul le mérite guiderait les choix, avant que d'essayer d'imposer l'Aiglon à de hautes fonctions, de nommer ses amis à tous les postes importants sans souci de leurs compétences, uniquement parce que tels étaient son désir et son intérêt.
N'avait il pas promis la croissance , annoncé de la richesse pour tous et du pouvoir d'achat en plus, sans que rien de tout cela ne se produise, bien au contraire.
De tous ces mensonges auxquels il s'était un temps laissé prendre, le peuple souffrait crûment.
Mais voici que Sa Majesté se mit en tête d'ajouter aux autres un mensonge bien pitoyable. Son désir d'éblouir le manant , de l'aveugler en étalant ses exceptionnelles qualités de chef, le conduisaient à des contrevérités grossières, à des vantardises stupides, à des hâbleries aussi risibles que prétentieuses. Ne voilà-t-il pas que son narcissisme lui fit prétendre qu'il avait de ses mains abattu le mur de Berlin.
Ce mur se dressait autrefois en la ville de Berlin, en Prusse, pour interdire aux habitants d'un côté de la ville, de passer de l'autre côté. Mais un beau jour les habitants détruisirent la muraille.
Le moment vint de célébrer l'anniversaire de cet événement qui s'était produit un 9 Novembre. .
C'est alors que sa petite Majesté annonça, à la stupéfaction du peuple, qu'il avait lui même, en personne, de ses petites mains, juché sur ses talonnettes, accompagné des seuls Duc Juppé d'Aquitaine et Comte de Fillon, fait s'écrouler cette hideuse construction.
Cette révélation réjouit la cour , mais bien vite les preuves du mensonge apparurent.
Le Comte de Fillon, premier ministre crut bon de confirmer. Hélas,il fut démontré qu'il avait prononcé alors un discours devant le Parlement, ce qui excluait sa présence en Prusse. . Le Duc d'Aquitaine, plus prudent, eut soudain une perte de mémoire qui l'empêcha de se souvenir de la date avec exactitude.
Alors que le monde une fois encore menaçait de basculer tant les rires sonnaient fort de toutes parts, les courtisans les plus zélés se précipitèrent au secours du malheureux souverain. Le Maréchal Lefèvre, dit Monsieur Sans-Gène,y alla de son couplet.
Mais la palme du ridicule revint au Marquis de Chatel, Ministre de la désinstruction qui s'emporta contre ceux qui attaquaient ainsi leur souverain de façon indigne sous le prétexte d'un incident dérisoire. Qu'importait après tout que Sa Majesté eùt confondu le Bur de Merlin et le Mur de Berlin, qu'importait qu'elle se fût rendue là-bas un jour ou un autre, l'important n'était il pas qu'elle y fût allée?
Ainsi Sa Glorieuse autant que petite Majesté avait elle raté son entrée en démolissage.
Cependant elle s'était bien rattrapée par la suite, puisqu'à défaut du Mur de Berlin elle avait détruit le bien-être de son peuple, saccagé les retraites,, démantelé l'hôpital, anéanti l'éducation, rasé les services publics, aplati la justice, écrabouillé la République.
Il était bien logique qu'elle eût gagné à tout cela le glorieux surnom qui s'attacherait à elle dans l'Histoire et pour les siècles des siècles: Nico Premier, le Démolisseur.
Des vertus de l'Aiglon et de la décrépitude de l'empire
Par une belle journée de cet automne ensoleillé, le baron de Solère se promenait dans le parc du palais, lorsqu'il vit venir à lui rien moins que sa Majesté qui prenait l'air. Le courtisan plié jusques au sol se confondit en courbettes et menaçait de s'allonger dans la boue, lorsque le souverain le releva, Et, lui pinçant familièrement l'oreille ainsi que le faisait, selon ce qu'il en avait ouï dire, l'un de ses augustes prédécesseurs, le prince demanda, usant du tutoiement familier qu'il avait coutume de tenir : « dis moi Soleure, je te prie de me répondre avec franchise et loyauté, sans tenir compte de la distance qui nous sépare et du fait que je suis ton maître, que penses tu de mon fils Jean? » Le baron réfléchit et répondit: « Sire, Jean est le fils d'un génie politique, il n'est pas étonnant qu'il soit précoce...Du temps de sa Majesté l'Empereur premier, il y avait des généraux de vingt ans. » Sa Majesté sourit, c'est à dire grimaça, pinça derechef l'oreille du brave courtisan et dit: « Bravo mon ami, je vois que tu me comprends, dès la semaine prochaine je signerai un décret te nommant au Conseil economique et social. Tu le mérites.. »
Sans doute sa Majesté n'avait elle jamais eu connaissance de la lettre de la Marquise de Sévigné qui traitait d'une flatterie mal venue du vieux maréchal de Gramont au Roi Soleil. Autres temps autres moeurs. L'Empereur ignorait jusques à l'existence de la Marquise, et l'eût il connue, il n'eût eu que mépris pour une prose qui se vendait mal et rapportait peu.. Qui plus est Nicolas le Petit n'avait aucun des talents de Louis le Grand.
C'est que Sa Majesté avait de grandes visées concernant l'Aiglon. Non point que l'héritier fût aussi précoce que le disait le flatteur. Les études du prince Jean étaient laborieuses. A vingt trois ans, il tenait toujours son abécédaire à l'envers, ce qui, convenons en, ne rend pas l'apprentissage des syllabes très aisé. Nonobstant cette difficulté, Sa Majesté s'entêtait à confier au jeune Prince la direction de l'un des plus importants établissements publics d'Empire, sur lequel les barons neuilléens avaient mis la main, et qui enfermait moultes coffre-forts débordant de d'écus, de livres et de ducats..
A ce titre l'Aiglon règnerait sur un monde d'employés issus des plus hautes écoles. Cela posait problème à tous les étudiants qui travaillaient sans relâche pour réussir dans leurs études et ne s'en trouvaient récompensés que par le mépris affiché du Monarque. Les emplois étaient devenus rares du fait de la politique impériale, et les sujets prenaient conscience qu'on les réservait aux privilégiés sans tenir nullement compte de leurs mérites.
Une révolution autrefois avait éclaté pour des causes semblables., et avait vu l'abolition des privilèges aujourd'hui restaurés...
Mais il n'y eut que le reste du monde, des Amériques à l'Empire du Milieu, pour rire aux dépens de l'Empire et se moquer d'un état qui se comportait en monarchie népotique en dépit des leçons qu'il prétendait donner à l'univers.
Les gazettes impériales à leur habitude ménagèrent les puissants et leur cour.
L'Aiglon Jean se trouvait ainsi nanti de toutes les capacités pour devenir tour à tour ou en même temps Président de toutes les chambres, Prince Archevêque, Cardinal de Richelieu, entraineur de l'équipe impériale de ballon au pied, (ce en quoi, il faut bien avouer qu'il n'eût guère pu faire plus mal que le pauvre baron d'Omenech,), lauréat du prix Goncourt, secrétaire perpétuel de l'Académie impériale et j'en passe... et pourquoi pas premier Ministre en lieu et place du Duc de Fillon?
Le seul grade auquel il ne pouvait prétendre avant que son père fut mort était le titre d'Empereur. Mais rien n'indiquait qu'il ne fût, à ce poste aussi compétent que l'autre.
L'Empire dans son ensemble allait mal. Les Ministres faisaient des leurs et il y en avait toujours quelqu'un qui se prenait les pieds dans le tapis et qu' il fallait repêcher. Le marquis de Chatel s'était rendu ridicule en s'entourant de courtisans qu'il avait voulu faire passer pour des acheteurs ordinaires. Le Duc d'Hortefeux avait eu des propos outrageants pour les Auvergnats. Les turpitudes du traitre Besson étaient mises au grand jour par sa femme, sans parler des tribulations exotiques d'un certain Mitterrand surtout connu comme neveu, qui avaient divisé l'entourage, les uns lui décernant des brevets de sainteté et les autres le vouant au pilori ou l'envoyant aux Enfers. Le seul comique vint des contorsions des courtisans surtout les plus puritains d'entre eux en temps ordinaire, qui durent pour ne pas déplaire au prince, trouver au ministre des circonstances atténuantes et des vertus, mais n'en pensaient pas moins de ce manant acheté sur son nom par le souverain.
Sa Majesté se trouva fort aigrie de ne pas s'être vue attribuer le Prix Nobel qui lui était du et qui fut donné à ce noir d'Amérique, sans doute parce qu'il avait belle prestance et une physionomie agréable. Au fond d'elle même Sa Petite Majesté en fut blessée.
Avec cela l'Empire n'était qu'un vaste champ de démolitions. L'hopital en ruines, l'instruction à l'abandon, la justice amputée , l'insécurit é croissante, les manufactures fermées et les ouvriers sans travail... Tel était le piètre résultat des politiques impériales.
Le monarque ne sortait plus qu'entouré par des bataillons de policiers et parmi des foules de courtisans choisis pour leur petite taille. Il n'osait plus affronter les populations auxquelles il avait menti.
Le peuple perdait confiance, mais attablés autour des festins qu'ils se faisaient servir aux frais des sujets, le maitre et ses amis ne voyaient pas poindre les nuages.
Des difficultés de la courtisanerie
Ah qu'il était difficile d'être courtisan en ce temps là... Que fallait il faire? Que fallait il ne pas faire, pour plaire au Prince? Les meilleurs, les plus courbés, s'y perdaient se jetaient dans l'erreur, la faute, le crime de bévue, au point d'y perdre leur réputation et de se retrouver en disgrace.
Ainsi, faisant sa course dans le Parc Impérial, Sa Majesté était elle tombée.
Vite toute la Cour se mit à murmurer, à bruire, à s'exclamer, à sangloter. Le monde ne vécut plus que dans le brouhaha de cette chute que d'aucuns appelèrent malaise.
Les plus imprudents se précipitèrent vers les gazettes pour s'y montrer, faire étalage de leur savoir et de leur proximité avec Sa Majesté. Ils inventèrent des malaises pour expliquer sa chute. Certains virent là un malaise vagal, comme si le souverain eût pu être soumis aux effets débilitants de gaz comme un quelconque sujet.
Le Duc de Guéant, premier conseiller s'en alla dire, le malheureux, qu'il n'y avait pas péril en la demeure puisque Sa Majesté avait recouvré tous ses esprits! Misère... Cela signifiait donc qu'il les avait perdus!
De son paradis de Saint Martin, au-delà des mers, le Prince Balkany, l'un des tout proches, l'air satisfait à son habitude, se lança dans des considérations sur les repas de Sa Majesté, sur la nécessité où il se trouvait de faire régime, sur sa charge de travail qui était trop pour lui...L.'impudent
Voulait il dire que sa Majesté mangeait au point de se rendre malade? Qu'elle n'était point capable de digérer? Qu'un régime était en mesure de l'affaiblir? Que sa santé ne pouvait résister au travail? Ne savait il pas que Sa Majesté est parfaite, que son travail pour l'intérêt de l'Empire aussi harassant pût il être pour un individu normal n'a pas de prise sur elle, que sa personne belle bien faite et harmonieuse ne requiert aucun artifice, que sa passion est de courir, sauter, s'agiter, remuer en tous sens et qu'il n'a point besoin de raison à cela?
Il y eut encore le bouffon Lefebvre, à qui l'on avait eu la faiblesse de promettre quelque sous ministère et qui vint déclarer qu'il y avait toujours à s'inquiéter d'un malaise cardiaque! Cardiaque! Le propos fut aussitôt démenti et le dit Lefebvre vint lui même devant les gazetiers essayer de se
dépêtrer de son mauvais pas en s'embrouillant un peu plus. Cardiaque, je vous le demande!
Dans l'heure la nomination promise au bouffon de l'Empereur fut remise aux calendes
Le Duc de Fillon lui même, qui se trouvait en son château du Maine, averti de l'accident, fit atteler son carrosse pour revenir bride abattue dans la capitale, crevant force chevaux de la Poste dans son empressement. Les gens qui le virent ainsi purent penser à tort que l'empereur se trouvait au plus mal et que c'en était fait de lui.. D'autres y virent le fait que le souverain, n'ayant pas préparé sa succession, le Duc souhaitait se rapprocher du trône. A la bévue, on ajoutait l'intrigue..
Chacun croyait bien faire, et tous s'étaient trompés...
Heureusement Sa Majesté surnageait, et remettait de l'ordre en sa Cour qui avait pris des allures de volière, chacun courant en tous les sens caquetant et poussant les autres pour. être en premier Le bruit retomba, l'ordre revint, les disgraciés mâchonnèrent leur déconvenue et se firent petits en leur disgrâce.
Les médecins conseillèrent tout juste à Sa Majesté de prendre de l'air pur et du repos. L'Impératrice Carlita et lui partirent aussitôt pour le Cap Nègre. Mais sans doute lui faudrait il se passer pour un temps de sa passion favorite. Comme un autre s'était occupé de serrurerie, lui s'occupait là-bas d'égouts ce qui n'était certes pas recommandé à son état de fatigue.
Dans l'Histoire, seul un homme ne commit pas de faute et se comporta dignement. Il s'agit du Comte de Larcher, chef du Sénat de l'Empire et responsable de l'organisation des successions. A ce titre, le Comte assurait la transition entre les Souverains. Or il ne broncha pas et eut la sagesse et le goût de ne pas se faire apporter les dossiers qui précisaient les règles de la succession. Ce fut d'une grande sagesse.
Ainsi vivait la cour au temps d'un Souverain si occupé des vertus de son nombril qu'il faisait tourner en bourrique ses courtisans les plus zélés.
Du discours du trône à la fête de l'Empereur
Après avoir prononcé son discours d'intronisation et s'être adressé à ses valets de tous bords sans même attendre leur réponse, après avoir foulé le sable des plages en compagnie de l'américain mais point en tête à tête ainsi qu'il l'eût voulu, Sa Petite Majesté se fit donner fête pour le 14 Juillet dans le dessein d'esbahir son peuple.
Pour commencer la journée le Souverain passa ses troupes en revue au cours d'une parade militaire sur l'Avenue impériale.
Après quoi, une garden party fut donnée dans les jardins du palais, à cinq mille courtisans choisis et récompensés pour leur ardeur à servir le monarque en toutes circonstances, ainsi y furent le Marquis de Valse, prétentieux roquet de petite taille qui ne trouvait pour exister que la seule façon d'être de droite en s'affublant d'une étiquette de gauche , et le vieux Duc de Rocard, Ambassadeur impérial aux pingouins...
Arriva même en la place, un pauvre chômeur victime de la désastreuse politique impériale et qui avait accompli un trajet de trois cents lieues pour venir se joindre à la fête. Il fut admis en l'enceinte, mais le monarque ne daigna pas le voir et le confia à la Morano, ce qui indique bien le mépris en lequel il tient les plus humbles de l'Empire.
Puis vint le moment du concert. Sa Majesté avait convié son ami le vieil Halliday à beugler quelques unes de ses ritournelles pour distraire le commun. L'entrée était offerte, mais payée fort cher sur les deniers publics. Quoi qu'il en fût, l'assistance se précipita pour ouïr le vieux saltimbanque qui n'était reconnu nulle part en dehors de nos frontières, mais qui , s'il gagnait des sommes folles à l'intérieur de l'Empire, faisait mine de vivre à l'étranger pour ne pas être assujetti à l'impôt, et ne rien donner pour subvenir aux besoins de ses concitoyens.
Ainsi étaient beaucoup d'amis de Sa Majesté pour lesquels il éprouvait admiration et respect à la hauteur de l'argent qu'ils gagnaient, et que dans son ignorance des choses artistiques, il appelait artistes.
Mais ce ne fut pas tout. Sa Majesté profita de cette journée pour se répandre dans force gazettes et y faire vanter ses louanges par des gazetiers au zèle sans limites. Chacun y alla de son compliment. Certains firent parler la chancelière d'Allemagne ou le premier de Sa Gracieuse Majesté qui ne purent que dire leur admiration pour notre glorieux souverain à talonnettes. La contrariété vint de ce qu'une fois encore l'américain se refusât à apporter sa contribution au concert. Pourtant il eût été celui dont le petit monarque eût le plus désiré un mot.
Puis vint le problème des questionnements. Certains, dans l'entourage de l'Empereur, faisaient mine de poser des questions au peuple, afin de pouvoir dire au manant ce qu'il pensait et par conséquent ce qu'il devait penser. Dès qu'on obtenait le résultat voulu et favorable au prince, les questionnements et leurs réponses étaient envoyés aux gazettes les plus amies qui s'empressaient de les publier. De telles pratiques eussent dû entrainer une révolte de l'opposition qui, à son habitude, occupée à ses querelles internes ne dit mot. Quelle curieuse opposition c'était là.
En fin de semaine le couple impérial partit pour les Amériques où l'impératrice, revenant à son métier d'antan, devait murmurer de sa voix fluette, en l'honneur d'un sage africain dont on célébrait l'anniversaire. Leurs Majestés partirent par engin volant ordinaire, voulant ainsi démontrer qu'ils économisaient les deniers publics. L'ennui étant que lorsqu'il en était ainsi, un second engin vide devait suivre le premier afin de ramener au plus vite sa Majesté et ses talonnettes sur le territoire impérial en cas de besoin, annulant ainsi l'économie.
Sa Majesté l'Empereur sortit se promener sans façons au hasard des rues de la Nouvelle York , seulement protégé par une dizaine de gardes, ce qui montrait qu'il était plus confiant dans le peuple américain que dans celui de son empire, car de ce côté ci de l'océan, chaque sortie du souverain mobilisait des centaines de gardes. Comme si Sa Majesté craignait son propre peuple.
Ainsi allait l'Empire en ces temps de chômage.
La dette s'envolait, mais chose étrange, il n'était plus du tout question de l'héritage que les actuelles générations laisseraient à leurs enfants ainsi qu'on l'avait clamé lorsqu'elle était beaucoup plus faible.
Peut-être qu'au delà d'un certain niveau la dette se remboursait elle même
Du vote pour les représentants en Europe, et des écologistes
Sa Petite Majesté, après avoir reçu le grand Président noir des Amériques, qui ne lui montra guère d'amitié et ne lui fit aucune fête pour avoir mis l'empmire sous l'autorité militaire des américains,organisa un vote pour désigner les représentants impériaux au sein de l'Europe de Sa Majesté.
Le vote intéressa médiocrement les sujets, et à bien y regarder, il n'y eut pas de raison de crier victoire ni pour les uns ni pour les autres. Un sujet sur dix seulement se déplacèrent pour apporter leur soutien au petit monarque, ce qui montrait la désaffection dont souffrait le souverain, et le rejet grandissant que lui portaient les habitants de son empire. Cependant, l'opposition sous le commandement de l'opposante désignée la Marquise Aubry de Lille fut tellement faible, et tellement dépassée, que les candidats officiels et la majorité impériale firent grand bruit et grand tralala autour de leur supposée grande victoire, et que Sa Majesté entonna le grand air des réformes à conduire de plus belle. Chacun savait ce que signifiaient ces réformes, du profit plein les poches pour les uns et un retour dans les misères d'un siècle en arrière pour les autres.
L'Empereur décida aussi de convoquer les valets impériaux en congrès pour parader devant eux. L'opposition se posa la question de savoir si elle devait se rendre à un tel simulacre de démocratie, mais il y a fort à parier que la plupart ne résisteraient pas longtemps à cette tentation. Sa Majesté dans un jour de bonté pouvait en nommer quelques uns dans son gouvernement, qui après l'avoir vilipendé et fait la fine bouche à ses réformes se précipiteraient pour l'encenser plus fort que tout le monde et faire régresser le peuple de la manière la plus brutale. Ainsi en était il des derniers convertis qui sans doute pour rattraper leur retard de courbettes se faisaient toujours les plus ultras.
Les élections avaient quand même apporté une belle satisfaction au petit souverain en précipitant la chute de l'un qui se posait comme son principal opposant, bien que démuni de troupes, le Comte de Bayrou. Ce navarrais qui rêvait d'etre le nouveau roi Henri avait enfourché contre Sa Majesté la rossinante de Don Quichotte, et bien qu'en d'autres circonstances il fût un heureux propriétaire de chevaux de course, sa monture l'avait désarçonné et lui avait fait mordre la poussière. Il n'était pire à droite que ce Bayrou qui brusquement s'était senti des aspirations à gauche pour contourner à lui seul son ennemi. Mais à trop vouloir se contorsionner...
Les écologistes, quel terme barbare, défenseurs des feuillages, de l'herbe fraiche, et des nuages dans le ciel, dirigés par un politicien germanique des plus convaincus qui avait entraîné dans son sillage un paysan madré du Rouergue connurent aussi un certain succès.
Il était arrivé que Sa Majesté se piquât de cette nouvelle tendance écologiste, et organisât au palais, sous la Présidence du Baron du Bordelo, lui même grand amateur de vins, de grandes manifestations l'on appelait des grenelles,orchestrées en vacarmes avec sonneries de clairons et roulement de tambours. Mais leur ambition affichée se perdait au fil du temps, contrariée par les interêts des amis du prince. Tout se diluait enfin en quelques lois jamais appliquées, dont le seul but avait été leur annonce. Lorsque venait le moment des décisions tout était le contraire. L'argent allait à flots aux routes plutôt qu'aux chemins de fer, et l'Empereur venait de déclarer aux constructeurs qu'il souhaitait que l'on supprime la loi qui interdisait de bâtir des bâtiments laids dans des lieux protégés à cause de leur beauté.. Sa petite Majesté disait beau et faisait tout l'inverse.
Quant à ces écologistes, ils étaient si différents, si contrastés, ils tiraient tant à hue et à dia que leur embellie ne paraissait pas pouvoir durer.
La cour s'était mise à bruire du changement prochain de ministres et chacun s'interrogeait sur ses chances. On savait l'Empereur toujours friand de débaucher quelque silhouette nouvelle au sein même de son opposition. Il avait été question un temps du broussailleux Comte d'Alègre qui s'était vanté un peu partout d'avoir négocié son ralliement. Cependant cette rapidité autosatisfaite avait déplu et qui plus est le Comte était loin de la mouvance des écologistes auxquels il ne reconnaissait aucune vertu, tout en se piquant de science. Or sa Majesté était d'humeur à flatter un peu ces amoureux de la nature, ce qui écartait l'impudent.
Le jeune Marquis de Valls qui se disait de gauche et tutoyait la droite la plus dure n'était pas prêt encore à sauter le pas, simplement parce qu'il pensait avoir quelque chance dans son parti.
Il était aussi prématuré d'appeler Tapie aux affaires.
La réorganisation ministerielle était encore nébuleuse et l'hameçon du prince risquait de ne ramener de sa gauche que quelque menu fretin. Les rumeurs restaient aussi confuses quant à ceux dont la disgrâce pressentie allait se trouver confirmée.
Ainsi allait l'Empire qui, si j'ose dire empirait.
1 Commentaire
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#1
Tsssssssss pas mieux les uns que les autres un vraie cata suis dégoutée.
Amicalement nal 
De l'affront que fit le petit monarque à Sa Gracieuse Majesté
L'Empereur avait fait un rêve .
Il s'était vu, foulant le sable d'un rivage où des années auparavant la grande armée des alliés, Anglois, Américains, Canadiens, Australiens et d'autres avaient débarqué par un pluvieux matin du mois de Juin, pour libérer l'Europe envahie par la peste brune, à commencer par ce pays qui aujourd'hui était devenu l'Empire.
Près de lui grand et plein de distinction marchait le président noir des Etats Unis d'Amérique. Ils étaient seuls et marchaient côte à côte, tandis que les vagues venaient mourir à leurs pieds. Ils étaient seuls exception faite bien sur de tous les objectifs des appareils photographiques et des machines à filmer braqués sur eux,immortalisant leurs pas pour l'édification des peuples du monde. L'instant était plein de grandeur et d'émotion, et ferait pleurer jusqu'au fond des cases africaines, là où l'homme, prisonnier des saisons ne connait que l'éternel recommencement du temps, rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles .
Il eut fallu le couchant pour donner encore plus d'ampleur à la scène, leurs deux silhouettes se découpant sur l'incendie crépusculaire, et l'astre du jour flamboyant ,s'enfonçant dans la mer pour laisser place à l'immensité des deux génies politiques confondus.
Sa Majesté s'éveilla. L'Impératrice Carlita dormait à ses côtés. Le Souverain se remonta un peu sur l'oreiller et se mit à réfléchir à la scène qu'il venait de vivre en rêve.
Ce rêve, il fallait qu'il se réalise. Ainsi en décida le Prince.
Dès le matin, il réunit tous ses conseillers et leur expliqua quelle était sa volonté. Tous acquiescèrent révérencieusement. Il n'était pas question que l'un d'entre eux se risquât à lui faire remarquer qu'il y a des différences entre le rêve et la réalité.
Tout au plus lui fit on remarquer que le débarquement allié ayant eu lieu le matin, il ne serait pas facile à moins d'un grand trucage très onéreux, de placer le soleil en position de crépuscule afin que les deux silhouettes se détachassent sur son flamboiement. Déçu de cette remarque, il s'agita et gesticula selon son habitude. Ce n'était certes pas le prix qui l'effrayait, mais il finit par convenir que la scène ainsi corrigée y perdrait en crédibilité.
Faire venir l'américain ne posait pas problème. Ces grands enfants adorent les anniversaires surtout ceux qui les mettent en valeur, et celui ci serait bien aise qu'on l'invitât.
Sa petite Majesté se souvint tout à coup que dans son rêve, les deux hommes d'état marchaient dans le sable, épaule contre épaule en réglant le sort du monde. Dans la réalité il n'en allait hélas pas de même et il faudrait bien trouver un expédient qui les mît à la même hauteur. Il se souvint que lors de sa rencontre avec le président précédent, il s'était juché sur une caisse pour faire bonne figure. Cette fois ce serait plus difficile. Mais les conseillers trouveraient bien un moyen. Peut être pourrait on faire cheminer l'américain dans une petite tranchée, alors que pour Sa Majesté on construirait un muret habilement dissimulé par le sable..
Tout semblait ainsi réglé, et la conférence des sommets de l'univers prenait corps....
Lorsqu'un matin, un conseiller très énervé entra dans le cabinet de travail de l'Empereur, brandissant une de ces feuilles de chou dont la perfide Albion fait son quotidien, et qui ne cessent de chercher le ver dans le fruit des voisins... « Majesté, Majesté, nous avons oublié la Reine, s'exclama le conseiller... - Je n'ai rien oublié du tout rétorqua Sa Majesté. Que veux tu que nous fassions, nous les deux grands du monde, de ce pot à tabac au chapeau ridicule, entre nous deux? Faut il lui faire édifier une passerelle encore plus haute que la mienne pour son déplacement dans le sable? Je n'ai pas envie que son affreux galure rose cache mon visage et qu'on ne me voie plus sur les images des journaux du monde. Je veux être seul avec l'américain. Personne d'autre ne l'approchera. Et quoi, la Reine? Et pourquoi pas l'allemande, et les chinois, et le russe? Ca ne va pas non? Je veux que mon peuple m'admire en tête à tête. Il a beau être inexpérimenté et naïf et ne pas tout comprendre aux affaires, il sera mon seul interlocuteur. Personne d'autre! La Reine, la Reine, et quoi encore?
Mais voilà que l'affaire commença à s'enfler et à parcourir le monde en faisant grand bruit. Il n'était question partout que de la muflerie du petit homme et de l'offense faite à Sa Gracieuse Majesté. Le royaume d'Albion avait été protagoniste des combats à l'égal et même au-delà, des Etats-Unis d'Amérique, et ses soldats étaient morts en grand nombre pour la libération du continent.
Sa Gracieuse Majesté déclara elle même qu'elle ne se vexait point de l'offense, venant de qui elle venait , ce qui était une délicate façon de dire qu'elle n'attendait pas mieux du petit homme.
Celui ci se trouva bientôt contraint de chercher à réparer sa faute.
Mais la réparation ajouta encore à l'injure, lorsqu'un incertain sous-ministre, vint expliquer que la reine d'Angleterre n'était pas conviée et que la cérémonie ne la concernait pas, mais que néanmoins, si elle tenait à s'imposer elle serait traitée avec tous les honneurs dus à son rang.
Finalement ce fut le président américain lui même, qui, bien qu'il ne fût pas maître de cérémonie, finit par s'émouvoir de l'incident et demanda à ce que l'anglois fût convié à ses côtés. Il était difficile de ne pas accéder à son désir au risque que tout fût annulé et que le petit empereur se retrouvât seul dans le sable.
On entama donc d'autres discussions, et finalement, pour tout apaiser, ce fut le Prince de Galles, éternel héritier de la couronne qui fut désigné pour représenter son royaume et les combattants de l'empire britannique. Il marcherait en léger retrait des deux grands et n'aurait pas droit à la parole.
Le problème se trouva donc réglé, mais le petit empereur gesticulant s'y attira encore du mépris et de l'inimitié ce à quoi il était habitué. Il n'y aurait bientôt plus aucun pays et aucun Chef d'Etat dans le monde qui le regardât sans colère, sans moquerie ou sans dédain.
Il n'était plus que les gazettes impériales pour chanter ses louanges et les courtisans pour s'esbaudir de ses exploits.
De l'Espagne et du Mexique
En ce temps là, Sa Majesté, en grand cortège, se transporta en Espagne pour s'y faire honorer par le Roi des Ibères, l'Infant d'Espagne, les Infantes et toute la famille royale, et Don Zapatero, le chef du gouvernement dont il avait mis en doute l'intelligence, peu de temps auparavant.
Les Espagnols bons princes ne lui tinrent pas compte de cette inconvenance et reçurent le couple impérial en grande pompe, déployant pour eux, fastes et liesses.
Mais celle qui séduisit le plus et dont le monde ibère tomba dans l'instant amoureux, fut l'Impératrice. Qu'elle fût en robe noire et boléro blanc, en bleu nuit ou en robe longue, elle enjôla tout son monde .Les hidalgos bombèrent le torse et les gazetiers ne jurèrent plus que par elle. L'enthousiasme atteignit son apogée quand elle claqua deux bises sonores sur les bonnes joues de la Reine, et deux autres encore sur celles de la princesse Letizia, épouse de l'Infant d'Espagne. Les vivats étaient à leur comble.
Certains de ce côté ci des montagnes proposèrent de la vendre aux espagnols et même de la leur donner à condition que l'on en fît un lot avec l'Empereur. Ainsi les ibères les auraient ils pour eux et pourraient ils les admirer tout le temps qu'ils le voudraient.
A table le petit Monarque, se montra quant à lui brillant, en associant les plus grands artistes de l'Empire et du Royaume. Il en trouva deux, un de chaque bord, le footballeur Zidane et le peintre Picasso. L'un de ses conseillers culturels lui avait appris avant de partir que Picasso n'était pas seulement un modèle d'automobile. Les deux, le peintre et le footballeur avaient ceci en commun qu'ils avaient gagné beaucoup d'argent, ce qui aux yeux de Sa Majesté était le gage de leur valeur.
Il ignorait l'existence de Goya, de Velasquez aussi bien que de Cervantès dont le récit picaresque, « Don Quichotte de la Manche, » lui eût paru tout aussi inutile et nébuleux que la « Princesse de Clèves ».
Cependant tandis qu'il était en Espagne, de lourds nuages venus du Mexique et portant une de ces maladies que la médecine s'avérait impuissante à combattre menacèrent de s'abattre sur l'Europe.
Heureusement notre pays était prémuni depuis longtemps contre ces risques.
Il était, en paroles tout au moins le mieux protégé de tous les états de la terre. On se souvenait encore du Général Gamelin, qui avait affirmé à la veille de l'une des plus piteuses déconfitures de nos armées qu'il ne manquait pas un bouton de guêtre à nos fantassins, ou de l'incertain Professeur Pèlerin qui avait prétendu que des nuages toxiques venus d'Ukraine s'étaient trouvés détournés à leur arrivée sur nos frontières.
Cette fois ce fut le Premier Ministre de secours, un certain Comte de Fillon qui expliqua gravement que l'Empire ne risquait rien. Il ne le dit pas mais sans doute pensait il que les virus venus par aéronef repartaient avec ceux ci, et que la porte ouverte, voyant la sérénité qui régnait en l'Empire, les minuscules bestioles se refusaient à descendre troubler cet impérial paradis.
Mais dans le même temps, les manufactures continuaient à déverser chaque mois sur le pavé leurs dizaines de milliers d'ouvriers sans qu'aucune thérapie ne pût venir au secours de ces exclus.
Tout ce qu'imaginait l'Empereur consistait , mois après mois à donner plus d'aides aux patrons, en prétextant qu'il s'agissait là de la seule façon d'aider les travailleurs. Comme un enfant de cinq ans l'eût facilement deviné toutes ces aides disparaissaient dans des poches sans fond, sans nul retour...
Il semblait qu'aux yeux de Sa petite Majesté, en ces temps de plus en plus troubles, les seules choses importantes, outre donner de l'argent aux riches, fussent de surveiller et de punir le peuple par le biais de la trop fameuse loi Hadopi, et de faire travailler le Dimanche, alors que le travail manquait tous les jours de la semaine. Les gens sensés se perdaient en hypothèses sur cette urgente nécessité du travail du Dimanche. Se pouvait il que les pandémies fassent relâche le jour du Seigneur? Cette loi était elle un ordre venu d'en haut, au Saint Chanoine de Latran et que Dieu lui aurait soufflé pour entretenir la Laïcité positive? Nul ne pouvait le dire mais le Prince y tenait jusqu'à le remettre sans cesse sur le métier malgré l'opposition du peuple.
En une démocratie vulgaire, il eût paru inconvenant à beaucoup que l'on méprisât ainsi les désirs du peuple. Fort heureusement qu'à la tête de l'Empire régnait un maître insensible à ce que pensaient les sujets.
La cour continuait à être agitée des grâces et disgrâces du Souverain. Le petit baron Karoutchi avait dû s'enfuir sous les lazzis, après son échec au parlement. Il n'avait pas même été tancé par l'Empereur en personne, mais par un de ses valets, ce qui était la marque de l'exclusion la plus infamante.
Quant au puissant Duc Juppé d'Aquitaine, qui le temps d'avant avait montré toutes ses dispositions et son désir de revenir au sommet des affaires, et qui n'attendait plus que le signe du Prince pour se précipiter, il en fut pour ses frais. Il tomba de haut lorsqu'il apprit ce que le monarque avait déclaré à son cercle de proches, en son langage si particulier et si empreint de noblesse : « Pourquoi vouliez vous que je m'emmerde à prendre Juppé? Il n'a pas changé. Il a un côté donneur de leçons qui m'agace...Au moins Villepin a fait le discours de l'ONU sur l'Irak qui restera dans l'histoire. Juppé il n'a fait que la dissolution. »
Le pauvre Duc, apprenant ces mots et le mépris qu'on lui témoignait, déclara tout de go qu'il n'avait jamais été en son intention de se rapprocher du pouvoir, que maire de Bordeaux il était, et maire de Bordeaux il resterait, qu'il n'avait jamais pensé autrement. C'était oublier un peu vite et avec l'hypocrisie qui lui était coutumière, les déclarations qu'il avait répandues partout les jours précédents.
Sa Majesté ne prenait pas assez garde à tous ces rivaux qui tournaient dans l'ombre autour d'elle et qui un jour pouvaient chercher à lui nuire. Elle n'avait d'yeux que pour Tapie le mirifique, qu 'elle avait fait combler de millions et qui songeait à se remettre en commerce. Cela allait bien à l'Empire et à son maître.
Le bal des courtisans
Quelle mouche avait piqué le petit empereur? Voici qu'au cours d'un repas qu'il donna au palais à certains de ses députés et courtisans il ne put se retenir de déblatérer sur les autres dirigeants de l'Europe, traitant l'allemande avec condescendance, rabaissant l'américain, taxant l'européen d'insuffisance (ce qui était plutôt en deçà de la vérité), et injuriant l'espagnol en le soupçonnant de n'être pas intelligent. Ainsi à son habitude fanfaronne et malaprise, s'attribuant les qualités et le mérite en tout, , distribuait il les brevets, les jugements, et même appréciait il le niveau d'intelligence de ses pairs. Le seul qui trouvait grâce à ses yeux et sur qui il prenait modèle était l'italien, fanfaron hâbleur et vulgaire, en qui il se retrouvait et qu'il comprenait.
Bien entendu, il se trouva à ce repas des courtisans pas peu fiers d'avoir été l'objet des confidences du prince et qui se précipitèrent pour aller en informer les gazettes, et de ce fait le monde entier fut en un tournemain informé des opinions qu'il portait sur ses égaux. Les autres princes en reçurent bien vite les échos, et les presses étrangères exprimèrent leurs sentiments peu amènes. L'opinion la plus répandue fut que le « nain à talonnettes », ainsi qu'on le surnomma n'était en rien capable de se contrôler et qu'à son habitude il avait, en s'arrogeant le droit de noter les autres, pété plus haut que son cul. Le malheur voulait qu'il dût se rendre chez les ibères peu de temps après, et que sa sortie fut du plus mauvais effet à si peu de temps de sa rencontre avec le roi d'Espagne.
Cependant à la cour tout n'allait pas pour le mieux non plus. Cela bruissait de rumeurs sur le prochain gouvernement , et les bruits, de murmure devenaient comme le souffle de vents tempétueux qui pliaient les uns et poussaient en avant les autres. Chacun voulait tirer avantage de la transformation, tous tentaient de séduire le souverain. Le jeu était de s'approcher de lui en évinçant les autres, d'essayer de le toucher, voire de le lécher, sans toutefois répandre trop de bave au revers de son bel habit. Le monarque changeait d'avis comme un enfant capricieux, adoubait l'un et disgraciait l'autre pour faire l'inverse l'instant d'après, incohérent à son habitude. Chacun cherchait à plaire pour s'en trouver distingué, bien que dans leur cercle privé beaucoup eussent commencé à mettre en doutes les compétences de leur prince. Rarement courtisans s'étaient montrés aussi obséquieux, aussi hypocrites et aussi médiocres.
Les ministres dont la place était remise en question, avaient pour le plupart d'entre eux échoué lamentablement dans les missions qui leur avaient été confiées, n'avaient réussi par des régressions nuisibles au peuple qu' à attiser son aversion. Certains n'osaient plus sortir tant les résultats de leur ministère étaient cataclysmiques, et qu'ils craignaient de recevoir au visage des oeufs pourris et des tomates . Mais cela ne les empêchait nullement de revendiquer des places en d'autres emplois. L'empereur avait autrefois fait toute une histoire de leur mérite, en promettant que le peuple serait informé sur leurs réussite et qu'une note leur serait attribuée. Dans l'heure, il avait oublié cette promesse comme tant d'autres.
Aussi le duc de Fillon, premier Ministre invisible pouvait il des vanter de n'être nullement usé par le pouvoir. Comme son action avait été d'une nullité parfaite, vu qu'il n'avait rien fait, on ne pouvait l'accuser de s'être miné à l'épreuve. Il semblait qu'il allait être reconduit, faute de mieux. On savait que Sa Majesté avait proposé la place à Strauss-Kahn qui en avait écarté l'offre, pensant sans doute à mieux encore.
Une dont le sort était scellé était la baronne d'Ati, qui à son grand dam se préparait à reculons à partir en exil au plat pays des mines. Rien ne pourrait désormais la rétablir dans l'estime du monarque dont la décision de se débarrasser d'elle était sans retour.
Mais beaucoup lorgnaient sur la place de la baronne. Le comte d'Arcos après avoir démantelé l'enseignement se serait bien vu en fossoyeur d'une justice déjà mise à mal par madame d'Ati. Le marquis de Borloo se voyait à la place de monsieur d'Arcos, mais à la tête de tout ce qu'il y avait d'intelligence dans l'Empire. Nul ne savait s'il prétendait intégrer sa Majesté dans son ministère.
La Marquise de Lagarde, après avoir vu les caisses vides, aurait bien délaissé elle aussi, les finances pour la justice.
Quant à la femme Morano, elle voulait tout, ambitionnait tout, se voyait partout. Elle eût fait un gouvernement, une assemblée, un parlement à elle toute seule.
Le chevalier de Karoutchi était défait. Il avait déplu. Lui, savait quelle était sa destinée. La disgrâce était proche.
Mais ailleurs parmi ceux qui n'y étaient pas certains faisaient leurs offres. Le duc de Rocard, qu'on avait envoyé en ambassade aux pingouins n'était pas de la partie. Mais le Marquis de Lang se confondait en louanges et roucoulait d'admiration en lorgnant vers le souverain. Et le Duc Juppé d'Aquitaine, qui avait promis de ne point revenir aux affaires impériales faisait tout pour qu'on ne l'oublie point.
Quant à la jeune Yadé, elle s'efforçait par tous les côtés de remonter la pente au bas de laquelle elle était tombée pour avoir désobéi.
Certains murmuraient aussi que Santini , obscur préposé aux plaisanteries, prétendait obtenir du monarque une auréole de saint et faire changer son nom en celui de Saint Ini, et que Laporte avait demandé le titre d'Archevêque de Paris et qu'il avait des idées pour i,nstaller des machines à sous en lieu et place des troncs de Notre Dame, mais pour ces deux là, rien n'était certain
Enfin la folie s'était emparée de tous et cela faisait un charivari si grotesque et malséant, que Sa Majesté dut intervenir pour refroidir les ardeurs des courtisans. En son Conseil il enfla la voix pour gronder ses Ministres et les prier de ne point se ridiculiser avec un tel spectacle. Il oubliait sans doute que par son comportement, sa décomplexion, ses attitudes et ses remarques lourdes de vulgarité et de suffisance, il avait lui même ouvert à la Cour le chemin de ce ridicule.
L'ancien tyran d'Afrique, Amin Dada, eût promis les crocodiles, mais fort heureusement les bassins du palais ne contenaient que des canards.
L'Empereur au Cap-Nègre
En ces temps de Pâques, bien loin de remplir sa charge de chanoine auprès de son protecteur le Pape, Sa petite Majesté préféra se rendre au Cap-Nègre pour s'y retirer et y méditer loin des hurlements des foules hostiles qu'elle ne supportait plus.
Il se pouvait aussi que le Souverain s'y livrât à cette passion secrète, ignorée de son peuple, mais qu'il prenait plaisir à exercer en cet endroit. Car à l'instar de son illustre autant qu'infortuné aïeul, le défunt Roi Louis le Seizième, Sa Majesté éprouvait une secrète passion pour l'exercice manuel. Mais lui, ce n'était point aux serrures qu'il consacrait ses loisirs, mais aux égouts. A peine arrivé, il enfilait ses bottes d'égoutier, s'emparait de son matériel à déboucher et à curer et s'enfermait dans les sous-sols. Et cet endroit là, à l'écart de la civilisation, loin des bruits du monde se prêtait parfaitement à cette activité solitaire. Les égouts y étaient en effet désuets, le réseau hors d'âge, de conception archaïque et malpratique. Aussi le Souverain consacrait il la part secrète de sa vie à cette vaste tâche, rénover les égouts du Cap-Nègre..
Peut -être aussi, au fond des égouts, dans l'obscurité propice à la méditation , se répétait-il les mots qu'il avait prononcés devant les autres nègres, ceux d'Afrique, et qui lui avaient valu tant de brocards dont il n'avait pas compris la raison. « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas entré dans l'histoire » ou encore « le paysan africain,qui depuis des millénaires vit avec les saisons,dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connait que l'éternel recommencement du temps... ». L'Empereur ne voyait pas le mal qu'il y avait à avoir dit cela. Pourquoi l'africain n'avait il pas pris modèle sur nos paysans civilisés qui cultivaient leur maïs transgénique pour le plus grand profit des grandes sociétés modernes, pourquoi attendait il que ses cultures poussent au lieu de les arroser d'engrais et de les asperger de pesticides qui eussent rapporté gros aux actionnaires et aux patrons des mêmes sociétés internationales, pourquoi ne produisait il pas de tomates transparentes en hiver comme le hollandais? Au lieu de tous ces bienfaits du modernisme, le nègre ne connaissait que « la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »
Tout à l'inverse de Sa majsté, qui ne répétait jamais « réformes », « mérite », « travail » (sans en donner à ceux qui en étaient privés), et surtout « je ».
Le progrès était de ne tenir aucun compte des saisons ,ni du temps qui passe, et surtout d'abandonner cette harmonie stupide et arriérée avec la nature. Le noir n'avait pas compris qu'il fallait laisser de côté toutes ces calembredaines. Un bon grenelle de l'environnement de temps à autre suffisait bien à l'affaire.
Sa Majesté se disait que ces réunions, grenelles ou G20 ou autres sommets comparables où l'on rectifiait en mots les travers du monde et qui n'empêchaient ni la terre de tourner ni les profits de se faire et les profiteurs de profiter, suffisaient bien au bonheur des peuples.
Etait il besoin d'y rajouter les le respect des saisons et l'harmonie avec la nature?
Et l'autre, la Duchesse du Poitou, son ennemie, quelle mouche l'avait piquée d'aller demander pardon aux populations arriérées d'Afrique pour les mots censés et justes que lui, Prince de la civilisation avait prononcés là-bas. Toute la Cour était montée sur ses grands chevaux pour le défendre certes, et la traiter d'irresponsable, d'indigne et de néfaste, essayer de la ridiculiser, de la faire passer pour mystique et folle. Les courtisans zélés n'avaient pas eu de mots assez forts. Jusqu'à un obscur Destrem qui l'avait comparée à sa femme de ménage..
Louis XI l'eût enfermée en son donjon de Loches,
Si encore les propos de la Duchesse du Haut et Bas Poitou eussent été sa seule contrariété. Il eût tot fait de renvoyer l'impertinente à son marais niortais, mais bien d'autres soucis l'accablaient. Ainsi la fronde perpétuelle de ses parlementaires qui se mettaient à faire échouer les lois qui étaient en son désir. Ce prince de Copé le rendrait fou avec ses manoeuvres sournoises .
Voici qu'il lui fallait maintenant se méfier de son propre personnel qui se confondait en courbettes par devant et le trahissait dès qu'il avait le dos tourné.
Savait on ce que pensait l'impassible duc de Fillon qui n'en faisait pas plus qu'il n'en disait?
Heureusement qu'il y avait encore des fidèles. Quelques uns au milieu de ce monde dont il devinait parfois l'hostilité grandissante, comme celle de la populace dont il se tenait soigneusement à l'écart. Le Chevalier de Kouchner, le marquis de Besson étaient de ceux sur lesquels il pouvait s'appuyer et auxquels il sentait bien qu'il pouvait avoir toute confiance. Besson était d'une efficacité remarquable dans la chasse aux immigrés qui eussent bien voulu imposer à l'empire le respect de la nature et des saisons. Il n'y avait fort heureusement aucun risque de traitrise de sa part.
Et puis il y avait le duc d'Aquitaine, Jupé, ce puissant vassal avec qui il allait se réconcilier contre un poste de ministre des finances avant l'été.
Jupé avait promis que plus jamais on ne le verrait revenir aux affaires nationales. Il avait juré aux bourgeois de Bordeaux que s'ils le réélisaient comme Maire, il se contenterait désormais de cet emploi et se consacrerait tout entier à sa ville. Mais il avait tant de fois promis tant de choses... L'homme qui avait essayé de vendre une des plus profitables entreprises de l'Empire pour un écu à une société asiatique en faillite semblait tout désigné pour s'occuper des finances impériales.
Sa Majesté avant de partir pour Cap-Nègre avait publié la liste des récompenses qu'il réservait aux plus méritants de ses sujets.. S'y trouvait le nom de Bolloré, en raison des services rendus à l'empire sous forme de prêts gracieux de véhicules de luxe, dans l'intérêt général.
Ainsi allait l'empire, en ces temps de pâgues, au Cap-Nègre.
Sa Majesté, l'empereur de Chine et le Grand Lama
L'empereur se rendit en la perfide Albion où s'étaient rassemblés les vingt plus grands monarques de la terre. Mais s'il faisait partie des vingt, à son grand regret il n'était pas le plus considéré.
Ses gesticulations, les moulinets de ses petits bras et ses propos arrogants avaient peu d'effets sur les chefs des états lointains.
C'est un autre, le nouveau président noir des Amériques qui tint la vedette et eut l'honneur d'être l'invité de Sa Gracieuse Majesté. L'Impératrice Carla n'eut pas, cette fois, à simuler la modestie et l'humilité pour réussir une révérence qui l'avait faite aimer , selon ce que la presse impériale en avait dit, des sujets britanniques.
Le petit monarque s'était trouvé tout excité et coléreux, de voir que l'américain ne cédait pas à ses demandes répétées pour qu'il le considérât comme le plus important du monde, à son égal et même un peu au dessus.
Il était aussi en colère contre l'Empereur de l'immense Empire Communiste Chinois, qui ne lui parlait plus et faisait mine de ne point le voir dans les réunions internationales. Tout cela parce que sa Majesté avait pris fait et cause pour le Grand Lama qui demandait à ce que les chinois lui rendissent le Tibet. Le petit Empereur avait rencontré le Grand Lama, et bien que ce ne fût pas une réception officielle au Palais, et que cela se fût passé de la façon la plus discrète, chez les polonais, il avait faites siennes les revendications du moine, avait vitupéré contre le céleste empire, et cette entrevue bien que rapide et semi-clandestine, avait offusqué le chinois.
Enfin, au dire des journaux impériaux, la réconciliation finit par avoir lieu, à force de palabres et d'excuses, au cours desquelles Sa petite Majesté prononça toutes les paroles et prit tous les engagements, et même au delà. que l'empereur Jintao voulait entendre. Y compris la promesse de ne plus à l'avenir rencontrer le Lama.
L'histoire ne dit pas ce qu'en pensa le bouddhiste à l'éternel sourire, mais on peut penser que depuis longtemps il avait fait son opinion quant à la solidité de l'aide qu'il pouvait attendre du grimacier souverain et à la confiance qu'il pouvait avoir en ses propos.
Avant son départ pour l'outre-Manche, l'empereur avait aussi exigé en agitant sa tête et ses membres que l'assemblée des vingt nations se rendît à ses vues et appliquât ses directives, faute de quoi il claquerait fort la porte et les abandonnerait dans le désarroi de son absence.. la presse officielle laissa entendre que dans ce cas, un cataclysme s'abattrait sur l'humanité.
Sa Majesté avait expliqué qu'il avait été le seul à prendre les décrets opportuns pour réduire la crise qui agitait le monde, qu'il avait réduit le crédit de ses manufacturiers et banquiers, lesquels puisaient sans scrupules dans les caisses, et qu'il n'entendait point que l'on agît autrement et que l'assemblée prit d'autres mesures.
A vrai dire quand on connaissait sa proximité des milieux d'affaires et des gens qu'il était censé réglementer et qui étaient les mêmes qu'il traitait en toute amitié, qui le promenaient sur leurs navires de luxe ou leurs engins volants, on ne s'était point attendu à ce que ses décrets les prennent à revers. Ils ne touchaient que peu de personnes et qui n'étaient pas concernées par les interdictions et les limitations, soit qu'elles n'y fussent point soumises, soit que leurs fripouilleries faites, et leur fortune mise en lieu sûr, elles eussent déjà abandonné la perspective de s'engraisser encore plus aux frais du peuple.
L'Empereur, comme toujours faisait des mines pour calmer ou séduire ses sujets , mais se gardait bien de toucher en profondeur, si peu que ce fût, aux intérêts de ses amis.
En ce qui le concernait il n'était pas juste de dire que la montagne accouchait d'une souris, vu la stature qu'implique le terme de montagne. Il eût été plus juste de dire que le pingouin accouchait d'une crotte de souris desséchée..
Aussi ses menaces de partir furent elles reçues pour ce qu'elles étaient, la fanfaronnade grotesque d'un petit coq dressé sur ses ergots. Certains, comme la Chancelière de Germanie, qui connaissait bien l'empereur, le prenait pour ce qu'il était et ne s'en souciait guère prit le parti d'en rire et d'expliquer qu'avec lui il ne fallait point s'attarder à de telles manifestations. S'il croyait s'en grandir, il ne faisait qu'ajouter à son propre discrédit et ridicule et au dédain que les autres lui portaient;
Quoi que décidât l'assemblée, et personne ne s'attendait à ce qu'elle décidât de grand chose, tant les intérêts et les vues différaient, chacun savait que rentré dans son palais, Sa petite Majesté ferait donner clairons et cornemuses de ses gazettes pour chanter ses louanges et son succès.
On parviendrait bien à convaincre le peuple crédule que son souverain avait mené le bal, imposé en tous points ses vues et fait adhérer le reste de l'humanité à la profondeur de ses idées.
Cependant un autre détail vint le ridiculiser un peu plus. Il s'arrangea pour être absent des portraits officiels lui qui n'aimait rien tant que d'être photographié. Il ne fut pas long de connaître la raison de cette absence. Il ne voulait pas figurer, lui de si petite stature, au milieu de tant de grands qui le dépassaient de la tête, des épaules et du torse. La simple vue de Sa Gracieuse Majesté entre le président des Amériques et sa femme, l'avait dissuadé de les affronter en pied
Yralim et le monde

